lundi 21 septembre 2015

Au Népal, les survivants du séisme se muent en porteurs pour acheminer l'aide

Des porteurs transportent de l'aide d'urgence au village de Bigu, dans la région de Dolakha, au nord-est du Népal, le 11 août 2015
Des porteurs transportent de l'aide d'urgence au village de Bigu, dans la région de Dolakha, au nord-est du Népal, le 11 août 2015

Le dos courbé, Sanchimaya Thami puise dans ses dernières forces pour achever ses cinq heures de marche et livrer une aide précieuse à d'autres rescapés du séisme qui a dévasté le Népal en avril.
Elle fait partie des quelque 10.000 survivants embauchés comme porteurs pour approvisionner en nourriture, médicaments et abris d'urgence des villages coupés du monde depuis le tremblement de terre du 25 avril qui a tué pratiquement 8.900 personnes.
"J'étais agricultrice mais j'ai perdu ma ferme. Tout a disparu", dit Thami à l'AFP en évoquant les conséquences de la secousse d'avril et de la puissante réplique de mai qui ont détruit son village de Bigu, dans le district de Dolakha (nord-est).
"Nous n'avions rien à manger, nulle part où nous installer, l'aide a mis une semaine à arriver", dit Thami en déposant un sac de 30 kg de lentilles destiné aux habitants de son village.
La catastrophe a détruit les routes et isolé des villages tels que Bigu, créant un "cauchemar logistique" pour l'acheminement de l'aide, explique Stephen Anderson, coordinateur d'urgence du Programme alimentaire mondial (PAM), qui finance le projet.
"Il s'agit de territoires parmi les plus compliqués sur lesquels a dû travailler le PAM", ajoute Anderson auprès de l'AFP.
"Nous avions vraiment besoin d'accéder à ces villages que les hélicoptères ne peuvent atteindre en raison d'un terrain trop pentu ou de la météo. C'est vraiment une urgence", dit-il.
- Initiative d'alpinistes -
Tandis que le PAM peinait à trouver une solution, une petite équipe d'alpinistes népalais et étrangers a réussi à atteindre l'épicentre du séisme, dans le district de Gorkha.
L'Argentin Damian Benegas était sur les pentes de l'Everest, prêt à escalader le toit du monde pour la sixième fois, quand le séisme a déclenché une avalanche mortelle.
Revenu indemne à Katmandou six jours plus tard, il a voulu apporter son aide aux victimes et s'est rendu à Gorkha. Là, il a pensé un moment louer un hélicoptère pour apporter de l'aide aux victimes isolées avant de renoncer devant le coût.
"Nous, alpinistes, nous nous reposons énormément sur les porteurs pour transporter notre équipement et j'ai pensé que nous pourrions faire la même chose ici, à savoir emmener des biens pour un coût bien inférieur à un hélicoptère", dit-il à l'AFP.
Au cours des derniers jours, les volontaires et villageois ont déplacé des roches, enlevé des débris afin de rouvrir des voies d'accès et pouvoir acheminer tentes, couvertures, eau et nourriture fournis par des ONG.
Benegas et d'autres alpinistes ont financé les salaires de 1.000 habitants de Gorkha.
- Des chemins cruciaux -
Le PAM envisage d'étendre l'opération qui a permis d'approvisionner 40.000 victimes du séisme. Des alpinistes évaluent l'état des chemins et les organisations professionnelles de trekking s'occupent de l'assurance et des salaires de porteurs.
Les fréquentes averses de mousson et les glissements de terrain compliquent cependant sérieusement le travail des porteurs, selon Benegas. "Nous réparons un chemin puis la pluie tombe et anéantit tout notre travail car le chemin disparaît", dit-il.
Ces chemins sont cruciaux pour de nombreux villages, constituant le seul accès aux marchés, écoles ou services publics. Il s'agit en outre d'itinéraires de trekking fréquentés par les étrangers.
"Il est essentiel de les réparer pour rassurer les touristes sur la sécurité", dit Ang Tshering Sherpa, président de l'association d'alpinisme du Népal.
"Nous avons besoin de gens pour travailler. Il est important de relancer le tourisme et de rassurer les amateurs de trekking pour qu'ils reviennent".
Le programme d'embauche des porteurs doit être étendu à des milliers d'autres personnes afin de pouvoir acheminer de l'aide à 100.000 survivants du séisme dans les prochains mois.
"L'hiver n'est pas loin et nous devons agir vite pour dégager les accès et permettre aux gens de stocker des vivres. Nous ne sommes pas sortis de l'auberge", dit le responsable du PAM.
Pour les rescapés du séisme, la peur est permanente. "Il y a les répliques, les glissements de terrain, nous ne savons pas si la mort va venir d'au-dessus ou nous détruire du dessous", dit Thami, mère de cinq enfants.
Néanmoins, elle surmonte son angoisse pour marcher chaque matin avant l'aube et gagner 1.000 roupies (10 dollars) par chargement, des revenus précieux pour sa famille dans ces coins reculés.
"Mon mari est trop malade pour travailler, je ne peux compter sur lui", dit-elle.
"Après deux séismes et tant de souffrances, le fait de pouvoir gagner ma vie et d'envoyer mes enfants à l'école, c'est formidable".

Sanchimaya Thami, une Népalaise se charge de nourriture pour l'acheminer au village de Bigu, dans le nord-est du Népal, le 11 août 2015


Au Népal, les survivants du séisme se muent en porteurs