samedi 8 mai 2021

Népal : scandale des faux tests PCR aux portes de l’Everest !

 Un laboratoire privé vendait des tests PCR négatifs pour 60 Euros. Alors que les montagnes du Népal sont rouvertes aux touristes, cette information fait craindre le pire quand à la réalité de l’épidémie dans le pays.

Alors que ce n’est plus un mais au moins deux alpinistes qui ont été évacués du camp de base de l’Everest à cause de leur contamination au covid-19, un scandale a été dénoncé ces jours-ci au Népal. Quelques 120 personnes ont été arrêtées à l’aéroport de Katmandou. Elles cherchaient à embarquer dans des avions en présentant de faux résultats négatifs de tests PCR (lien en anglais). Il s’agissait principalement de travailleurs désireux de quitter le pays.

Un faux test PCR au Népal pour 60 Euros

Pour quelques 60 Euros pièce, un laboratoire vendait un test PCR négatif à qui voulait bien l’acheter. Ces tests négatifs sont indispensables pour quitter le Népal. Mais ils sont aussi obligatoires pour voyager dans le pays, et notamment pour rejoindre Lukla. Porte d’entrée de la vallée de l’Everest. Ce phénomène n’est pas nouveau. Il y a quelques mois, la compagnie Nepal Airlines s’était vue infligé plusieurs semaines de suspension de vol par les autorités chinoises. A plusieurs reprises, des passagers supposément négatifs à leur départ du Népal s’étaient révélés positifs à leur arrivés à Hong-Kong.

Avec quelques 1.000 personnes aujourd’hui stationnées au camp de base de l’Everest, certaines qui vont et viennent dans toute la vallée, d’autres qui ne tarderont pas à repartir aux quatre coins du monde, l’empressement des autorités népalaises à faire redémarrer le tourisme de haute altitude est vivement critiqué. D’autant que la situation de la pandémie dans le pays n’est pas à l’amélioration. Plusieurs hôpitaux sont en grande difficulté pour faire face à l’afflux de patients. Autre source de polémique : la juxtaposition de faits qui interpellent. Plusieurs établissements du pays font état de difficultés d’approvisionnement en oxygène pour leurs malades. Dans le même temps, quelques 4.000 bouteilles d’oxygène destinées aux alpinistes patientent sagement au camp de base de l’Everest. La question de l’éthique et de l’industrie des expéditions est décidemment d’actualité ce printemps

Marc Batard, à l'Annapurna : « Si Lachenal voyait ça ! »

 De retour à Pokhara après leur tentative à l'Annapurna, Marc Batard, Yorick Vion et Bertrand Delapierre sont quelque peu décontenancés par les quelques jours qu'ils viennent de passer là-haut, au milieu des hélicoptères, des bouteilles d'oxygène et des pseudo-alpinistes qui n'avaient jamais mis de crampons auparavant.


« J'avais choisi l'Annapurna pour éviter la foule, on peut dire que j'ai été servi ! »

Yorick Vion

Les mauvaises langues diront que nos trois Français sont jaloux de ne pas être allés jusqu'au sommet comme les autres mais à les écouter nous raconter ce qu'ils ont vu sur les pentes du dixième sommet du monde, on comprend vite qu'il s'agit d'autre chose. À bientôt 70 ans et un palmarès himalayen mirobolant, Marc Batard cherche surtout à prolonger le plaisir en altitude, sans la pression du sommet à tout prix. Bertrand Delapierre, lui, était venu avec sa caméra pour filmer l'ascension. Quant à Yorick Vion, il visait une première expérience sur un 8000, avec l'idée de grimper en style alpin.

« J'avais choisi l'Annapurna pour éviter la foule, on peut dire que j'ai été servi ! Pour une première expérience, disons que... c'est une expérience... » dit-il un brin dépité. Mais pourquoi y avait-il tant de monde en ce début de printemps sur le 8000 qui avait jusqu'ici les pires statistiques en terme de mortalité (72 morts pour 298 alpinistes au sommet) ? Faut-il y voir les conséquences de l'année blanche suite à la pandémie ? Bertrand Delapierre y voit peut-être un effet de mode : « Il y a quelques années, c'était le Cho Oyu qui était pris d'assaut. Ensuite, ça a été le Manaslu et maintenant l'Annapurna... »


De l'oxygène dès 6 500 mètres


Mais ce qui a surtout choqué l'ancien compagnon de cordée de Marco Siffredi, c'est l'évolution des pratiques au sein des expéditions commerciales : « J'avais déjà un peu connu ça au Cho Oyu il y a 20 ans mais bon, à l'époque, sur dix grimpeurs, il n'y en avait qu'un seul sous ox... » Vendredi dernier, sur les 68 alpinistes passés au sommet, presque tous portaient le masque. Avec ses 8 091 mètres, l'Annapurna culmine pourtant bien en-dessous de l'Everest (8 849 m) ou du K2 (8 611 m).

Yorick Vion confirme et avoue avoir été ébahi par la quantité de cylindres mis à disposition : « La plupart ne font qu'une seule rotation d'acclimatation à 5 500 mètres et ensuite, ils ouvrent les vannes. Certains utilisent de l'oxygène dès 6 500 m. Au camp 3, j'ai vu une tente entièrement remplie de cylindres. Ensuite, ils ont tous passé quatre jours à 6 900 mètres à attendre le créneau, avec tout ce qu'il faut de vivres et d'oxygène. Ça m'étonnerait qu'ils aient tout redescendu... »

Le trio, qui était en fait un quatuor, avait choisi de se scinder en deux au moment de partir vers le sommet. Yorick Vion et Bertrand Delapierre devaient partir en éclaireurs pour être ensuite rejoints par Marc Batard et le Népalais Pasang Nuru Sherpa. « Mais Bertrand était malade et il a finalement décidé de redescendre assez vite. Si j'ai un regret dans cette expédition, c'est de ne pas être redescendu avec lui. Il n'était pas bien, je n'aurais pas dû le laisser. J'ai merdé », raconte Yorick qui a ensuite grimpé jusqu'à environ 7 400 mètres en solitaire. « Là, j'ai eu une grosse baisse de moral, je n'étais pas venu pour grimper en solo. J'ai fait demi-tour avant de m'engager dans la grande traversée qui mène à l'arête sommitale. S'engager là-dedans, c'était prendre trop de risques. Je suis aspirant-guide, j'ai besoin de tous mes orteils ! »


« On en a vu passer en crampons sur des rochers dans du 2 ! »


Plus bas, Marc Batard et Pasang Nuru Sherpa (13 fois au sommet de l'Everest et qui ira l'année prochaine sans oxygène) renoncent eux aussi à s'engager dans le grand couloir qui débute à 6 000 mètres : « Les cordes fixes n'étaient pas sécurisées, c'était trop risqué. Une cordée a vu passer un bloc de glace de la taille d'une table juste à côté d'eux ». Pour le sprinter de l'Everest, les sherpas n'ont pas le niveau technique pour sécuriser correctement une ascension aussi dangereuse, même ceux qui sont certifiés UIAGM : « Je l'ai dit à Chhang Dawa, le leader de Seven Summits Treks, il n'a pas trop apprécié. »

Bertrand Delapierre confirme le ressenti : « Les Sherpas sont très forts physiquement mais c'est vrai que techniquement, c'est pas trop ça. Certaines cordes fixes n'étaient vraiment pas terribles en terme de sécurité. » Yorick Vion, lui, reste étonné par leur capacité à trainer au sommet des clients qui n'ont pas le niveau : « Il y avait des clients ne savaient carrément pas grimper. On en a vu passer en crampons sur des rochers dans du 2, là où nous on passait en baskets. Je me disais : « ceux-là, impossible qu'ils aillent au sommet ». Et quand j'ai regardé la liste des summiters, j'ai été sidéré. Ils y sont tous allés ! »


Neuf sherpas pour trois clients


Sur une montagne comme l'Annapurna, l'oxygène ne fait pas tout et le rôle des sherpas est essentiel : « Il y a une agence qui mettait neuf sherpas à disposition pour trois clients. C'est fou ! Ils ont des moyens colossaux » ajoute Yorick. Et quand ce ne sont pas les sherpas, ce sont les hélicoptères qui montent les charges, comme lorsque les cordes sont venues à manquer dans la dernière partie de l'ascension dont la glace vive a surpris les grimpeurs de tête : « Il y avait de la glace oui, mais faut pas déconner : quand tu sais grimper, ça passe sans corde. »

L'hélicoptère, qui est aussi venu chercher trois grimpeurs russes bloqués pendant deux jours au camp 3 en redescendant du sommet, tourne autour de l'Annapurna depuis le début de l'expédition : « Presque tout le monde a sauté le trek d'approche, regrette Marc Batard, le sanctuaire de l'Annapurna, c'est pourtant magnifique. Et puis ça se fait vite, en deux jours à peine. » Mais pour certains, la course aux sommets n'attend pas : « Un Taïwanais, est redescendu avec l'hélico depuis le camp 3. Et il s'est ensuite fait déposer au camp de base du Dhaulagiri. C'était pourtant l'un des seuls à être allé au sommet sans oxygène. C'est incroyable ! » dit Yorick.



« Un jour, il y aura une catastrophe, c'est inévitable. »

Bertrand Delapierre

Alors à qui la faute ? Aux pseudo-alpinistes occidentaux qui n'ont rien à faire là ? Aux agences népalaises, aux moyens de plus en plus importants ? Bertrand Delapierre sait que les choses sont plus compliquées qu'elles en ont l'air : « Leur succès au K2 cet hiver leur donne encore plus de pouvoir, c'est certain. Mais je ne jette pas la pierre aux Népalais, ils n'ont pas du tout la même vision que nous de l'himalayisme. Pourtant, faire monter autant de gens qui n'ont pas le niveau au sommet d'une montagne aussi dangereuse, ça pose quand même question. Un jour, il y aura une catastrophe, c'est inévitable. Il faudrait que les sherpas arrivent à faire renoncer certains clients qui n'ont pas à mettre les pieds en très haute altitude. Mais pression des clients ou appât du gain ? C'est toute la question... »

Yorick Vion, lui, n'est pas sûr de remettre un jour les pieds sur un 8000 : « En tout cas, pas sur une voie normale... franchement, c'est un sacrilège ce qu'ils ont fait. L'Annapurna, c'est un sanctuaire ! Et puis quand tu penses à ce qu'ont vécu Lachenal et Herzog en 1950... » Et Marc Batard de conclure : « Si Lachenal voyait ça, il se retournerait dans sa tombe... »

La saison himalayenne ne fait pourtant que commencer et c'est désormais le Dhaulagiri qui est dans le viseur des expéditions commerciales. Quant à l'Everest, aux dernières nouvelles, les autorités népalaises ont déjà délivré 366 permis d'ascension.



Covid-19 : au Népal, la situation est presque pire qu'en Inde

 Article de Maxim poul (yahoo actualités) 

Comme son voisin indien, le Népal fait face à une flambée épidémique et a du mal à contrôler la deuxième vague de l'épidémie de Covid-19. Le gouvernement a lancé un appel à une aide internationale, notamment à cause de pénuries de vaccins.

Si on sait que la situation épidémique en Inde est hors de contrôle, celle de son voisin népalais est similaire, si ce n'est pire. Le pays qui partage une longue frontière avec l'Inde a du mal à contenir l'explosion de cas de Covid-19 depuis la mi-avril. Suite aux avertissements des responsables de santé selon lesquels le pays était sur le point de perdre le contrôle de l'épidémie, le gouvernement a décidé de lancer un appel à une aide internationale urgente. 

Le 28 avril, le pays enregistrait son plus grand nombre quotidien de nouveaux cas de Covid-19 avec 4774 infections et depuis, ces chiffres ne cessent d'augmenter chaque jour. Ce jeudi 6 mai, le pays himalayen a recensé 9070 infections en une journée. Voilà 3 semaines que le nombre d'infections quotidiennes atteint des sommets chaque jour, provoquant une véritable submersion des hôpitaux.

Des chiffres sous-estimés et le pire est à venir 

De plus, les experts de santé du pays de plus de 28 millions d'habitants affirment que ces chiffres sont largement sous estimés et ne représentent pas la véritable prévalence du virus. "Les données publiées par le gouvernement népalais concernent uniquement ceux qui ont été testés après avoir développé des symptômes de la maladie", a déclaré le Dr Binjwala Shrestha, professeur adjoint à l'Institut de médecine de l'Université de Tribhuvan, au média chinois Xinhua. "Si vous effectuez des tests parmi toutes les personnes d'une communauté, vous trouverez un nombre d'infections plusieurs fois plus élevées que le nombre de cas actuellement signalés."

Pour le Dr Archana Shrestha, professeure agrégée du département de santé publique de l'Université de Katmandou, le Népal n'est encore qu'à un stade précoce des infections de la deuxième vague et le pire est à venir : "Le Népal a été témoin d'un tiers des infections potentielles jusqu'à présent et les deux autres tiers des infections n'ont pas encore eu lieu", a-t-elle déclaré.

"Une zone de guerre"

"C'est comme si nous étions dans une zone de guerre", explique le Dr Sher Bahadur Pun, chef de l'unité de recherche clinique d'un hôpital des maladies tropicales et infectieuses, au Kathmandu Post. Dans son hôpital, les patients doivent être traités au sol et dans la cour.

Vidéo - Covid-19 au Népal : résurgence de l'épidémie

Si la situation inquiète tant au Népal, c'est parce qu'en plus des hôpitaux débordés, le taux de positivité des tests a atteint le seuil très inquiétant des 47% et le pays fait face à une pénurie de vaccins. Plus tôt dans la semaine, le Premier ministre KP Sharma Oli a lancé un appel à la communauté internationale pour recevoir des doses de vaccins. Le pays a besoin d'au moins 1,6 million de doses d'AstraZeneca de toute urgence pour pouvoir administrer des secondes doses. "Je voudrais demander à nos voisins, pays amis et organisations internationales de nous aider avec des vaccins et des médicaments de soins intensifs afin de soutenir les efforts en cours pour lutter contre la pandémie", a déclaré la Premier ministre dans un discours télévisé, indique le Straits Times.

Une campagne de vaccination très mal gérée

Le mois dernier, les autorités sanitaires ont été obligées de suspendre la campagne de vaccination après avoir vacciné un peu plus de deux millions de personnes avec le vaccin AstraZeneca, fourni par l'Inde, et le chinois Sinopharm. Le pays connait désormais un coup d'arrêt à cause d'un problème de stocks. La campagne de vaccination du gouvernement est pointée du doigt pour son organisation jugée catastrophique. Les interminables files d'attente de gens patientant pour obtenir un vaccin dans la capitale auraient fortement aidé à la propagation de la maladie, rapporte le Guardian.

De plus, le Népal est un pays difficile d'accès ne favorisant pas une bonne logistique, notamment pour les équipements médicaux spécialisés. "Notre pays est enclavé et les approvisionnements viennent souvent d'Inde par voie terrestre, mais à l'heure actuelle, l'Inde a besoin de tout son équipement médical", analyse Nripendra Khatri, des Catholic Relief Services. "Cela signifie que tout doit passer par les aéroports, et tous les vols commerciaux ont été suspendus à l'exception de deux vols par semaine en provenance de Delhi, en Inde. Une fois que les fournitures arrivent à Katmandou (ndlr : la capitale), elles doivent se répartir à travers un pays de montagnes." 

1600 lits et 600 ventilateurs pour tout le pays

La logistique est en effet compliquée dans ce pays qui possède 8 montagnes parmi les 10 plus hautes du monde. "De nombreux endroits ne sont accessibles que sur des chemins de terre ou à pied. Répondre à cette crise et faire en sorte que les villages éloignés aient accès aux tests et aux fournitures est une mission colossale", ajoute Nripendra Khatri.

Le pays himalayen, qui est l'un des plus pauvres du monde, ne compte qu'environ 1 600 lits de soins intensifs, moins de 600 ventilateurs et ne possède que 0,7 médecin pour 1000 habitants. 

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Comme en Inde, le gouvernement népalais a autorisé le déroulement de plusieurs grandes fêtes religieuses en ce début d'année, dont Pahan Charhe, qui a fortement contribué à la propagation de la maladie. De plus, de nombreux travailleurs migrants népalais de retour Inde ont regagné leur pays avant la fermeture des frontières pour fuir la situation sanitaire catastrophique en Inde, contribuant également sans doute à la propagation du Covid-19 dans le pays.